La maladrerie de Close barbe ou l'histoire de la lèpre sur la route de Sens pour la ville de Provins. 

 

Moïse parlait déjà de la lèpre. Il indiquait les mesures à prendre pour en arrêter le progrès : « sortez-les de la tente ».

Charlemagne déclarait la lèpre « cas de nullité de mariage ». Ce  fut  sous cet empereur que l'internement est devenu  général.

Pendant environ 600 ans, la peste sévira. On ne savait pas la soigner. Elle laissait des stigmates sur le visage, le corps. En France, la maladie est mentionnée au V ème siècle.

La maladrerie en 1990 (photo Michel Phély).

Les autres photos sont de Francine Ponce.

               

 

Les va et vient des peuples, les guerres et les retours de croisades propagent toutes les maladies, avec son lot de misère, de fatigue, de crasse. Les échanges internationaux de l'époque, les grandes foires de Champagne firent le reste.

Ce reste, c'était qu'en 1244, on dénombrait 19 000 léproseries dans la chrétienté dont 2000 en France. Tractation, achat, par la charité, de sa place au Paradis, réel dévouement de quelques uns, tel était le lot des lépreux pour vivre.  

Au moyen âge, les croisés qui avaient contracté la lèpre en Orient la rapportèrent en Europe. Elle s'y propagea rapidement. La Champagne et la Brie ne furent pas exemptes de la contagion.

Provins comptait alors 80 000 habitants Elle était  une des villes les plus peuplées et florissantes de France. La propagation de ce fléau augmenta encore à l'époque des célèbres foires de Champagne.

 

Pour éviter la contagion, on séparait de toute société ceux qui étaient atteints de la lèpre.

On les séquestrait dans des lieux isolés loin de toute  habitation.

Ces lieux s'appelaient «léproseries» maladreries », « malandias » ou «lazarets» suivant les régions sous la protection de Saint Lazare parfois nommé Saint Ladre.

 

Devant cette situation, quelques seigneurs et notables bourgeois prirent l'initiative de faire bâtir la Maladrerie de Clos le barbe ou Crolebarbe ou  Close-barbe  à une lieue de la ville de Provins sur le chemin de Sens et de solliciter les aumônes des habitants pour l'entretien des malades et de la maison.

La proximité de l'église de Sainte Colombe et du Prieuré du Mez de la Madeleine a certainement favorisé ce choix. On ne connait pas la date de fondation mais elle fut l'objet d'une donation en 1165 par Henri 1er, (1127-1181) Comte de Champagne et dotée de revenus très importants. Il fut sans doute à l'origine de sa fondation.

 

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Les juristes de l'époque considéraient les lépreux comme des êtres morts civilement dont la séquestration formait les funérailles.
Quand un lépreux devait entrer dans un lieu habité, il était tenu de porter un vêtement particulier et de se munir d'une crécelle ou de cliquettes en bois pour avertir  les  passants  de  son  approche, de  son passage. Une cérémonie religieuse avait lieu. Le lépreux, entouré de tréteaux qui symbolisait le cercueil, écoutait le sermon suivant :

  • Je te défends d'entrer dans les églises, les marchés, au moulin, au four et dans tous les lieux où il y a affluence de peuple.

  • Je te défends de laver tes mains, linge et autres choses nécessaires à ton usage, en fontaines et ruisseaux autre que celui du lieu où tu vas habiter désormais.

  • Je te défends d'aller hors ta chambre, en autre habit que celui duquel usent les lépreux et sans être chaussée.

  • Je te défends de ne toucher aucune chose que tu voudras acheter et de la montrer avec une verge nette si jamais tu sortais de l'endroit clos où tu mourras désormais.

  • Je te défends d'entrer en tavernes et maisons, hors celle en laquelle est ton habitation et si tu veux avoir vin ou viande, qu'ils te soient apportés dans la rue.

  • Je te recommande, si quelqu'un te parle ou que tu parles à quelqu'un de te mettre au dessous du vent. Si tu dois toucher arbre ou pré, en passage étroit, que cela soit avec des gants.

  • Je te défends de toucher à un enfant et de lui donner ce que tu as touché.

  • Je te défends de manger et boire en compagnie autre que celles des lépreux que tu rejoindras et ne reviens pas sur le village car ton habitation va être détruite et brulée afin d'épargner d'autres que toi.

  • Ta présence, si jamais tu avais obligation de sortir, devra être signalée par la cliquette que tu as devant toi dans la panetière avec les gants.

 

Cette cérémonie était parfois suivie d'un simulacre au cimetière où l'on creusait une fosse symbolique en lançant trois fois de la terre sur la tête du ladre. En 1225, la lèpre est si répandue que les hôpitaux sont sans ressources.

Close Barbe est tout d'abord réservée aux lépreux de la ville de Provins puis en 1225, elle ouvrira ses portes aux lépreux de Saint Loup de Naud, moyennant une contrepartie qui fit l'objet de plusieurs requêtes en 1511 à 1556 pour non respect du « paiement ».

La gratuité n'est pas de mise car la famille du lépreux doit fournir quatre livres tournois, son lit et la literie, nappes, 20 sols pour la cheminée, des oboles pour les malades et les frères et sœurs, sa vêture.

 

 

Les léproseries (2000 en France au XIIIe siècle) étaient de vastes enclos, tous bâtis sur le même modèle. Ces enclos renfermaient des habitations pour les malades des deux sexes.

Chacun avait sa cellule. Mais on y avait en commun des jardins, des vergers, des vignes, une église, une source, et ...un cimetière.

La communauté religieuse qui se chargeait de l'administration et donnait des soins aux malades comprenait également des lépreux.